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La champagne revisite les loges de son vignoble pour développer l’oenotourisme. Une démarche pour inscrire ce petit patrimoine unique mais un peu oublié dans la durabilité

Crédit Photos : MACA

Dans le vignoble du Lavaux en Suisse on les nomme capite, en Bourgogne cadole, en Champagne loge ou cabane de vigne, des noms différents pour nommer de petits édifices viticoles liés aux traditions et aux métiers des territoires sur lesquels elles ont été construites. Un petit patrimoine privé qui faute de moyens financiers et humains a longtemps été laissé à l’abandon mais qui aujourd’hui fait l’objet d’un regain d’intérêt. En 2011 La Parc naturel de la Montagne de Reims dont la vocation est de protéger et de valoriser le patrimoine culturel, naturel et humain en mettant en œuvre une politique innovante d’aménagement respectueuse de l’environnement a fait un inventaire de l’histoire des loges de vignes situées sur son territoire. Sur les 120 édifices répertoriés il ressort que si le vignoble de la Marne conserve de nombreuses loges, en revanche plus au nord entre Verzenay et Vrigny, celles -ci ont quasiment disparu du paysage. Excepté quelques-unes datant du 16ème siècle, celles qui restent (construites entre 1950 et 1960 à l’aide de matériaux basiques , tuiles, béton ou tôles) ont souvent servi à accueillir des ouvriers ou à stocker matériel et chevaux, voire pendant les vendanges à protéger les vignerons des intempéries. Peu esthétiques, elles ne reflètent pas l’architecture locale. D’autres loges servent d’enseigne publicitaire à de grandes Maisons de Champagne. Toutes en revanche constituent un ensemble patrimonial unique, toujours en exploitation, lié à l’histoire du vignoble de cette région qui s’inscrit dans une dimension durable du vignoble champenois. D’où l’idée de prendre appui sur ces bâtiments anciens pour en imaginer de nouveaux à l’esthétique plus contemporaine, destinés à devenir des points de repères pour les randonneurs de ces coteaux inscrits au Patrimoine de l’Unesco. Une initiative qui à terme pourrait déboucher sur la création d’une future maison de Champagne.

Construire autrement les loges de vigne : le pari sur l’avenir des Universités d’Été 2018 d’ « Architecture et Champagne »

Tel est le thème choisi cette année par l’Aglomération de Châlons en Champagne, la Maison de l’Architecture Champagne-Ardenne et l ‘Ecole Nationale supérieure d’Architecture de Nancy pour leurs Universités d’Eté 2018 intitulées « Architecture et Champagne » au cours desquelles étudiants, professionnels de la vigne et de la construction, enseignants en architecture ont été invités à réfléchir au moyen de développer autrement le patrimoine champenois au travers des loges de vigne. Avec pour objectif : réinventer ce patrimoine ancien pour développer l’oenotourisme. Des étudiants venus de plusieurs pays, en collaboration avec les exploitants propriétaires de loges sur leurs parcelles, les compagnons du Devoir, des artisans locaux ont ainsi conçu, construit et installé de nouvelles loges de vigne volontairement déconnectées de la tradition bâtie locale permettant à la fois des usages viticoles pour les exploitants mais aussi la mise en valeur des paysages champenois. L’utilisation de matériaux de récupération a permis de donner un caractère authentique à ces loges tout en respectant l’environnement. Placées à des endroits stratégiques elles offrent un point de vue différent sur le panorama.

Une grande architecte, engagée dans l’architecture durable, pour marraine

Salma Samar Damluji – Crédit photo : MACA

Pour superviser cette expérience inédite de création de loges de vigne de demain, une grande architecte britannique d’origines irako-libanaise Salma Samar Damluji a accepté de conseiller les étudiants de cette session 2018. Docteur en architecture et professeur à l’Université américaine de Beyrouth elle est une spécialiste mondialement reconnue de l’habitat de terre traditionnel au Moyen-Orient particulièrement en brique de terre crue. De ses expériences multiples, retenons celle du Yémen où avec des étudiants yéménites et étrangers elle a travaillé à la réhabilitation de la cité forteresse de Daw’an, faisant renaître palais, maisons, mosquées, au cœur des montagnes désertiques de l’Hadramout. Diplômée de l’Architectural Association of Architecture et du Royal College of Arts de Londres, elle a créé en 2008 au Yémen avec ses collègues la Fondation Daw’an Mud Brick Architecture à Mukalla, Hadramut qui a pour but la promotion de la richesse urbaine et culturelle de Hadramut et de Wadi Daw’an et de son environnement naturel et bâti. Auteurs de nombreux titres sur l’architecture du Moyen-Orient, son dernier ouvrage « l’autre Architecture : géométrie, terre et vernaculaire » a été publié à Paris et pré sélectionné à l’Académie d’Architecture pour le Prix du Livre d’Architecture en 2015 dont elle a également été élue membre en 2017. Elle publie ce mois-ci un autre ouvrage livre consacré au célèbre architecte égyptien Hassan Fathy (« Hassan Fathy : Earth & Utopia » aux Editions londoniennes Laurence King) dont elle a partagé le travail et à qui elle se réfère souvent comme lors de son discours à la Cité de l’Architecture en 2014 « Hassan Fathy disait elle parlait toujours de l’avenir. A mes yeux, ces architectures de l’Hadramout sont celles de l’avenir. Nous devons travailler avec le passé et apprendre le passé ». Pour elle qui revendique volontiers le titre « d’artisan de l’Architecture durable », il ne s’agit pas de construire à l’identique pour fixer la population dans ces villages éloignés mais d’allier matériaux traditionnels inestimables à conserver absolument et confort moderne. Honorée du Global Award for Sustainable Architecture en 2012, Salma Samar Damluji est depuis 2013 professeur à la Faculté d’ingénierie et d’architecture Maroun Semaan de l’Université américaine de Beyrouth.

Groupe UEAC 2018 – MACA