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Freddy Mamani architecte d’El Alto en Bolivie et âme du style néo-andin exposé à la Fondation Cartier à Paris.

© Tatewaki Nio

Ville la plus haute du monde située sur le Haut plateau andin à 4149 mètres, El Alto n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui une ville andine de l’Altiplano animée, abritant des bâtiments multicolores et géométriques inspirés de la culture Aymara. Au contraire, elle a longtemps été la cité dortoir de La Paz, un endroit triste et improbable abritant des constructions en brique aux couleurs aussi monotones que celles des paysages de l’Altiplano alentour dont les habitants composés de mineurs et paysans indigènes fuyant la misère des campagnes d’Aymara région pauvre du lac Titicaca avaient investis en quête de meilleures conditions de vie. Une cité méprisée par les boliviens jusque dans les années 1990 à qui Freddy Mamani architecte et dessinateur de génie va redonner vie et visibilité en la revisitant dans une dimension contemporaine. Dans le catalogue édité lors de l’exposition par la Fondation Cartier « Géométries du sud » Elisabetta Andréoli historienne de l’Art et de l’Architecture explique très bien la démarche de ce grand créateur « il va faire surgir dit-elle en substance une nouvelle ville aux couleurs éclatantes, aux vitres réfléchissantes, aux éléments décoratifs extravagants, aux symétries brusquement interrompues qui vont se distinguer des constructions ordinaires qui étaient jusque-là la norme de ces bâtiments habités traditionnellement par des populations indigènes Aymara, Quetchua, et métisses venues des plaines et montagnes de Bolivie ». Il va créer des façades et des décors intérieurs géométriques et colorés, un peu kitsch, inspirés de la tradition des tissages et costumes andins prédominants dans les cultures précolombiennes pour des bâtiments construits sur un modèle identique : au rez-de -chaussée les boutiques et appartements destinés à la location, le premier étage doté d’un large salon accueille traditionnellement les mariages et fêtes communautaires Aymara. Le dernier étage réservé à la résidence privée du propriétaire appelée « chalet ». Une architecture que l’on nommera « Néo-andine » ou « Chola »(indigène) qui s’imposera au cours des ans en Bolivie et même aux pays limitrophes Pérou et Argentine où elle est aujourd’hui très prisée.

Un style à l’origine de la transformation sociale de la ville

© Mariani – Fondation Cartier

Preuve de cette renaissance, l’ancienne cité dortoir triste et de mauvaise réputation va devenir grâce à sa transformation architecturale la 2ème ville de Bolivie animée, active et attrayante passage obligé des marchandises en provenance d’Asie en transit vers les ports péruviens et chiliens à travers les Andes. Une transformation qui a touché en profondeur la population. Longtemps ouvrière celle-ci s’est muée au cours des ans en une bourgeoisie Aymara enrichie, fer de lance aujourd’hui de l’essor économique de la ville, la première à avoir plébiscité et à acheter ces bâtiments ressentis comme un atout pour affirmer leur identité et améliorer leur statut social. Une volonté que Freddy Mamani avait exprimée dès le départ de son projet lorsqu’il disait « Je veux donner une identité à l’Alto ma ville trop souvent méprisée, une identité qui soit l’expression de notre culture à nous « altenos »(populations issues des différentes ethnies de Bolivie) ».Un pari gagné. En adhérant d’emblée au projet architectural de ce visionnaire les nouvelles populations d’El Alto ont réinvesti en même temps leur propre histoire, celle aussi de celui qui avouait modestement à ceux qui l’interrogeaient sur sa façon particulière de travailler « je fais des croquis de ce que j’ai en tête ».

Catalogue exposition /fondation.cartier.com

El Alto/Peter Granser/editiontaube.de