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Engagés dans une démarche équitable et durable les producteurs de lavande et lavandin innovent pour sauvegarder « l’âme de la Provence »

Photo GNIS

La lavande et le lavandin sont deux productions emblématiques et traditionnelles de la Provence  que l’on trouve depuis des décennies de manière spontanée dans la nature sur les terres arides et pauvres, mais dont la mise en culture remonte au début du XXème siècle. 150 espèces de lavande existent dans le monde mais deux sont cultivées en Provence : la lavande fine et le lavandin. La  première que l’on trouve à 600 mètres d’altitude (Diois, Baronnies, plateau d’Albion, Verdon) est cultivée sur plus de 5 000 ha en France. Elle se distingue par ses touffes plus petites et son épi floral. Son huile essentielle de très bonne qualité olfactive est utilisée en parfumerie de luxe ainsi qu’en aromathérapie pour ses vertus calmantes relaxantes et antiseptiques. Le lavandin cultivé entre 200 et 1000 mètres d’altitude est issu d’une hybridation naturelle ou manuelle de la lavande fine et de lavande aspic, se présente sous forme d’une touffe très développée en forme de boule. Bien que moins connu du consommateur, il représente néanmoins l’essentiel de la production estimée annuellement à 1400 tonnes pour une surface de quelques 20 000 hectares. Son huile essentielle est très employée dans l’industrie mondiale de la savonnerie et des produits ménagers ainsi qu’en aromathérapie pour ses vertus tonifiantes et cicatrisantes. Il représente plus de 90% de la production mondiale. Dans les deux cas, l’essentiel de leur production est destinée à la distillation (technique qui consiste à extraire le parfum grâce à de la vapeur d’eau dans un alambic afin d’obtenir des huiles essentielles) mais aussi dans une moindre mesure à d’autres produits sous forme de fleurs ou bouquets. En France ce créneau fait travailler plus de 150 distilleries, 2000 producteurs, génère 9000 emplois directs et 17000 emplois indirects répartis surtout dans la quart Sud-Est du pays des Alpes de Haute Provence, du Vaucluse à la Drôme en passant par l’Ardèche. Des surfaces qui devraient s’étendre à l’avenir : l’engouement non démenti du consommateur pour ces produits attire de plus en plus de jeunes agriculteurs concourant au renouveau de la profession dans des territoires géographiques où elle était rare ou absente comme le Quercy ou même le Bassin Parisien. Un dynamisme qui s’est traduit par une augmentation des superficies de plus de 40% ces dix dernières années en grande partie grâce à l’amélioration permanente des techniques de production, par l’investissement dans des machines de récolte et de distillation de plus en plus performantes. Mais pas seulement.

Une diversification pour réduire l’impact environnemental de la filière

Distillerie – Photo GNIS

La profession s’est également diversifiée vers le Bio (12% des superficies) avec des initiatives collectives innovantes comme par exemple celle de l’entreprise d’Elixens France située dans le Vercors spécialisée dans la production et la commercialisation d’huiles essentielles, eaux florales et extraits végétaux à destination des professionnels. Elle travaille en agriculture biologique et en partenariat avec une cinquantaine des producteurs de plantes aromatiques du Dauphiné-Provence associés dans une démarche équitable et durable au sein de la SICA Bioplantes dans la culture de  400 hectares de 34 plantes à parfum, aromatiques et médicinales cultivées. » Traçabilité, contrôle qualité rigoureux garanti par la certification des produits, cultures et distilleries respectueuses de l’environnement s’inscrivent selon André Hyvrier agronome dans une logique de sécurisation à long terme de la production souhaitée par le consommateur ». A noter aussi la spécificité de la distillerie qui dispose d’un système de refroidissement indépendant de la rivière et économe d’eau et qui réutilise les pailles distillées sous forme de compost pour les champs et valorise sous forme d’eaux florales les rejets liquides issus de la distillation. Des initiatives innovantes qui lui ont valu de recevoir en 2009 le label Biopartenaire qui conjugue commerce équitable et agriculture biologique.

Par ailleurs l’interaction entre lavande, lavandin et production de miel a débouché sur des échanges continus entre agriculteurs et apiculteurs pour mieux favoriser le développement d’une agriculture de qualité. Dans le même sens la démarche CENSO a été développée par la filière des huiles essentielles françaises de lavande et de lavandin et France Agrimer pour garantir à la fois la traçabilité des produits du producteur aux metteurs en marché et la présence d’un produit naturel, éthique et respectueux de l’environnement. La création de l’AOC Huile Essentielle de lavande de Haute-Provence qui doit être produite de façon traditionnelle dans une zone géographique précise avec des critères de qualité rigoureux) a conforté cette démarche.

Une filière organisée et innovante pour relever les défis

Des efforts importants ont permis  ont  été engagés par l’interprofession pour faire face à la maladie véhiculée par la cicadelle une variété de cigale invasive qui affaiblit les plants depuis plusieurs années mettant la culture en danger pour l’avenir. Sans parler des sécheresses récurrentes qui accélèrent le dépérissement prématuré des champs. Ici la sélection variétale a joué un rôle essentiel en permettant la culture de plants naturellement résistants aux maladies spécifiques à la lavande et lavandin évitant toute utilisation de produits phytopharmaceutiques. Aidée par le GNIS et son service technique (SOC) en charge de la certification des plants de lavande et lavandin, et épaulé par l’expertise ancienne de la Chambre d’ agriculture de la Drôme investie depuis les années 60/70  dans la filière des Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales (PPAM), le secteur a dû adopter des mesures radicales  « nous avons sélectionné des plants plus résistants que nous avons déplacé dans des zones nouvelles non contaminées » explique Philippe Roux Délégué régional Gnis Sud-Est. De surcroît la profession s’est structurée par le biais d’une interprofession (CIHEF) et peut s’appuyer aujourd’hui sur un réseau technique, des coopératives et depuis 2012 un fonds de dotation (fonds SPLP) pour financer la recherche et adopter des solutions écologiques durables pour sauvegarder le patrimoine lavandicole de Provence. Parmi les mesures adoptées dans le cadre du programme Green & Lavandes pour améliorer l’impact environnemental des cultures citons entre autres l’amélioration du développement des couverts végétaux et de l’agroforesterie dans les cultures de lavande. Avec pour objectif d’ici à 2030 réduire de 50% les consommations en énergie fossile et les émissions de CO² sur les filières lavande et lavandin. Des mesures indispensables au moment où la concurrence étrangère des produits de synthèses comme de la production de lavande devient chaque jour plus agressive.

www.sauvegarde-lavandes-provence.org

www.routes-lavande.com

www.gnis.fr

www.censo-lavande.fr

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